marieframboise

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Delicatessen de Caro et Jeunet

avec Dominique Pinon, Jean-Claude Dreyfus, Karin Viard, 

 

Louison arrive avec ses valises devant un immeuble d'une ville désertique détruite par la guerre. Le rez de chaussée est la boucherie Delicatessen. Il vient pour répondre à une annonce. C'est un  garçon rêveur et bricoleur, est engagé comme homme à tout faire dans un immeuble d'une ville désertique et détruite par la guerre.

 
Son employeur est un boucher aux méthodes de travail radicales, qui fait régner la terreur sur ses voisins et sur sa fille, Julie... et on comprend très vite que le boucher recrute des jeunes gens pour en faire de la viande de boucherie, ce dont tout l'immeuble est au courant. Dans cet immeuble nous avons les deux frères qui fabriquent des boîtes à meuh... et qui, eux, payent leurs achats à la boucherie, une famille financièrement exsangue dont les deux petits garnements ont toujours une crasse à faire, un couple "aristo" dont la femme, Aurore, passe son temps à imaginer de nouvelles manières de se suicider, un homme qui vit au milieu d'escargots et de crapauds, une femme qui est la maîtresse du boucher. Quand ils font l'amour sur leur lit, tout l'immeuble est à l'unisson : la fille du boucher et son violoncelle, le jeune homme qui repeint le plafond, la femme qui bat son tapis, la grand-mère qui tricote... jusqu'à ce que tout se détraque d'un seul coup ! Belle scène aussi que celle ou Louison vient réparer le sommier, et où il le teste en cadence et en musique avec la maîtresse du boucher. 
 

Et il existe aussi un peuple souterrain que la jeune fille ira solliciter pour sauver Louison qui est devenu son amoureux,.. 

 

 

Une merveille de poésie et de drôlerie.
Dès le générique, véritable boîte à trésors et à idées, « Delicatessen » se présente comme un bric-à-brac allumé et monstrueux, comme un monde à part entière sorti des esprits tordus et inlassablement créatifs de Caro et de Jeunet.
Au cœur d'un univers extérieur d'apocalypse (l'environnement n'est plus que désolation et délabrement, et Louison répond à une annonce parue dans le journal : « Les temps Difficiles ») ,un artiste, clown sensible, va illuminer le quotidien d'un immeuble et y insuffler sa folie et son génie.
Un florilège de « gueules » incarnent une galerie de personnages inoubliables (les frères artisans, qui fabriquent avec patience des boîtes à « meuh », les troglodistes, l'homme aux escargots) ; ils s'affrontent, se croisent et donnent vie à des scènes extraordinaires, tel ce concert impromptu et saccadé, interprété par l'ensemble des locataires (à la manière d'un métronome, les ressorts d'un lit donnent le tempo au violoncelle de la jeune Julie, à la cadence de frappe d'un tapis, au rythme de la peinture au plafond, à la vitesse de tricotage de la grand-mère...jusqu'au « climax » !)
« Delicatessen » constitue une expérience de spectateur formidable, car l'on assiste à la confection, à la matérialisation d'un univers très personnel et d'un imaginaire très riche, qui apporte un soin particulier à la représentation des détails, des petites choses, des objets loufoques et uniques (l'incomparable « australien », l'irrésistible « détecteur de connerie », et le moulin à café-radio, entre autres prodiges).

 
Le directeur de la photo, Darius Khondji, signe une image sépia de toute beauté, s'adaptant aussi bien aux ténèbres souterraines qu'à l'intimité d'une petite chambre sous les toits.
" Delicatessen" sait être hilarant, surprenant et hors normes, mais également très émouvant et d'une grande finesse. La scène du thé entre Julie et Louison est un enchantement : les prévenances de l'un répondent à la maladresse de l'autre, jusqu'à cet instant où le jeune homme souffle délicatement sur le coin de l'œil de la jeune femme qui s'est fait mal, et qui ferme les paupières, bouleversée par ce geste...il s'agit peut-être de l'un des moments les plus purs et les plus érotiques de l'histoire du cinéma.
Le film nous offre des séquences élaborées et mémorables (la « danse du sommier » entre le boucher et Mademoiselle Plusse, les tentatives de suicide ratées d'Aurore) qui témoignent à la fois d'un savoir-faire indéniable mais aussi d'un authentique abandon burlesque : Jeunet et Caro sont dotés d'une capacité d'invention fabuleuse, car totalement maîtrisée.

 

Une œuvre magnifique, qui laisse dans la tête une mélodie interprétée au violoncelle...et à la scie musicale.

 

 



06/09/2015
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